ASPHAN

Association de Sauvegarde du Patrimoine Historique et Artistique de la région de Nozay


Jules Rieffel

Biographie de Jules Rieffel (Grand Jouan) 

JULES RIEFFEL - 1806-1886

FONDATEUR DE L’ECOLE NATIONALE D’ AGRICULTURE DE GRAND-JOUAN - RENNES, et de L’ASSOCIATION BRETONNE

 

 

PREMIERE PARTIE :
NAISSANCE- ENFANCE - JEUNESSE

Jules RIEFFEL naquit à BARR (Bas-Rhin) le 25 décembre 1806 issu du mariage de Antoine Joseph RIEFFEL notaire puis maire de BARR, et de Marie-Anne SCHAEFFER. Il fut le premier né et le seul survivant d’une famille de six enfants.

Le père de Jules RIEFFEL mourut en 1816 et sa veuve quittera BARR pour s’installer à STRASBOURG pour l’éducation de son fils. Jules RIEFFEL entre alors comme élève au Collège Royal de STRASBOURG qui porte aujourd’hui le nom de Lycée Fustel de COULANGES. Il y passera toutes ses années d’étude. Dès ce premier contact avec ses contemporains, il s’y distingue entre les meilleurs ainsi qu’en témoignent les nombreux prix qu’il y remporte et que ses descendants possèdent encore. Il donnera ainsi, les premiers témoignages des brillantes qualités qui ne feront que s’affirmer tout au long de sa vie.

A la fin de ses études, alors qu’il préparait l’examen d’entrée à l’école militaire de Saint Cyr, fidèle, en cela, aux traditions de sa famille, une épreuve de santé l’atteint profondément, épreuve qui aura une incidence sur toute sa vie, une fièvre typhoïde lui laisse une surdité incurable ; il doit renoncer à son rêve de tenir lui aussi une épée. C’est alors qu’il se tourne vers l’agriculture, et on peut dire que toute sa vie de savant agronome a dépendu de cet accident de santé. Il avait 20 ans.

En 1822, non pas un Alsacien mais un Lorrain, Mathieu de DOMBASLE, avait fondé le 1er institut agricole de France, l’Ecole de Roville, dans la région sud-est de Nancy. C’est vers cet institut que Jules RIEFFEL tourna ses regards.

Mathieu de DOMBASLE allait devenir, très vite, pour Jules RIEFFEL, un maître très vénéré et très aimé, de même que Jules RIEFFEL devait rester, plus tard, pour son maître, parmi les nombreux élèves de Roville, l’élève de choix entre tous.

On peut en donner pour preuve les deux témoignages suivants :

L’éminent agronome de ROVILLE, prié plus tard, par le Ministère de l’Agriculture de désigner les trois meilleurs élèves placés dans son institut depuis sa fondation, donna la première place à Jules RIEFFEL. Et quand ce dernier, envisagera de fonder un foyer en s’alliant à une vieille famille d’anTlateurs Nantais, la famille BOURGAULT -DUCOUDRAY, Mathieu de DOMBASLE écrira au futur beau-père de JULES RIEFFEL, l’élogieuse lettre qui suit :

"Parmi tous les anciens élèves de l’établissement de Roville il n’en est aucun Monsieur pour lequel je conserve le plus sincère attachement que pour notre Jules RIEFFEL. Vous pouvez juger par là de la satisfaction que j’ai éprouvée lorsque j’ai appris qu’un homme aussi éclairé que vous avait pu apprécier assez cet excellent jeune-homme pour lui accorder la distinction dont vous l’avez honoré. Il a acquis, par là, non seulement une existence heureuse mais une position qu’il méritait d’occuper, dans l’ordre social, et aussi, ’un appui moral et les conseils de l’expérience dont il avait réellement besoin. Pour ma part, Monsieur, je vous prie d’agréer, à ce sujet l’expression de ma plus vive gratitude". Quand on réalise qu’à l’époque de son mariage Jules RIEFFEL était un tout jeune homme de 24 ans, il faut bien admettre que dès ce premier départ dans la vie il prenait rang dans une élite. Il ne devait pas faillir à ces belles promesses."

 

Mais il faut penser que l’influence de Mathieu de DOMBASLE a été primordiale dans la vie de Jules RIEFFEL ; émouvant exemple du pouvoir d’un maître, de la puissance d’un enseignement. Jules RIEFFEL sera le miroir éclatant où se reflètera l’âme de Mathieu de DOMBASLE.

 

A côté de son institut d’enseignement agricole, le fondateur de ROVILLE avait créé un atelier , de construction d’instruments aratoires et son nom restera attaché à la première charrue perfectionnée qui sera appelée, plus tard, à remuer le sol dans toutes les parties du monde. Sous ce rapport, Jules RIEFFEL sera son premier disciple ; quand il arrivera en 1830 sur les landes de GRAND-JOUAN, il créera, lui aussi, un atelier d’instruments agricoles pour encourager les cultivateurs à en faire l’emploi et à travailler, ainsi, avec moins de peine et plus de rendement.

 

Jules RIEFFEL passera de 1826 à 1828 deux années à ROVILLE et il sortira premier de sa promotion.

Dès son entrée à ROVILLE, Jules RIEFFEL aborde la vie en orphelin. Sa mère vient de mourir en 1826 ; à sa sortie, aucun lien familial ne le retenant en Alsace, il songe à s’expatrier et est attiré par les bords du Nil.

Mais, avant de partir pour cette lointaine Afrique (lointaine à cette époque où les avions sont inconnus), il désire aller voir, à Nantes, son ami Monsieur BUSCO gendre de Mathieu de DOMBASLE pour lui faire ses adieux. Et voici que pour cette toute petite incidence, ROVILLE et son maître vont encore jouer dans la vie de Jules RIEFFEL un rôle décisif.

 

Pendant le très court séjour qu’il a prévu pour NANTES, Jules RIEFFEL a l’occasion de venir avec Mr BUSCO et un nantais, Mr HAENTJENS, alors propriétaire de 500 hectares de landes dites de landes de GRAND-JOUAN, commune de NOZAY, (Loire-Inférieure) visiter ce domaine, en grande partie inculte, recouvert de bruyères et d’ajoncs.

 

Cette vue fixe son avenir. Pourquoi partir au loin, à l’étranger, quand le sol de FRANCE est là, demandant seulement à être fertilisé pour faire vivre celui qui se penche sur lui. Au lieu des bords du Nil, Jules RIEFFEL défrichera les landes bretonnes et sur ces cinq cent hectares de sol inculte, qui captivent étrangement sa jeunessse, vont s’élever des fermes, fleurir des champs de culture, des arbres à fruits, les moissons blondiront dans les champs, le cidre doré pétillera dans les verres, et les galettes de blé noir régaleront les petits enfants.

Tout celà, Jules RIEFFEL n’en aura pas eu la réconfortante vision dès le premier jour. Mais, après cinquante années de labeur inlassable, de courage tenace, faisant face aux attaques et aux contradictions, il aura la joie, avant de mourir, de voir son rêve réalisé, et, dans ce domaine de RIEFFELAND, où il fermera à jamais ses yeux de la lumière dans ce domaine créé, lui aussi, dans la lande déserte, les belles fleurs du Bon Dieu lui apporteront leurs plus doux parfum ; et leurs plus chatoyantes couleurs : seringas, lilas, clématites, arbres de Judée, plantes channantes léguées par l’aïeul à ses descendants, en émouvant témoignage de son labeur et de son génie.

 

Ces quelques pages résument l’histoire de la vocation de Jules RIEFFEL.

Une vocation, c’est un généreux rêve de jeunesse, rêve parfois sculpté dans l’épreuve, dans la douleur, dans la contradiction ; mais de toutes façons, c’est l’émanation profonde d’une âme.

Cette âme de Jules RIEFFEL sera tendue vers de riches réalisations et vers des buts humanitaires ; il désirera par dessus tout améliorer la vie du paysan, adoucir son dur labeur et lui permettre d’obtenir du sol, par un travail plus éclairé, un rendement plus rémunérateur. Ce sera au-delà du savant, l’âme d’un philanthrope.

 

DEUXIEME PARTIE :
FONDATION DE L’ECOLE DE GRAND JOUAN

Nous avons dit plus haut que Jules RIEFFEL sortit de l’Ecole de Roville en 1828. C’est en 1830 que paraîtra une brochure éditée à Nantes à l’Imprimerie du Commerce (Chez Victor Mangin) et qui aura pour titre :

 

Etablissement Agricole exemplaire de Grand-Jouan. 

Ecole d’Agriculture et fabrication d’instruments aratoires perfectionnés sous la direction de Messieurs Charles HAENTJENS et Jules RIEFFEL. Et en dessous de ces titres les deux réminiscences suivantes qui en expriment le programme et l’esprit :
"Travaillez prenez de la peine : "C’est le fond qui manque le moins" (La Fontaine)
"A côté d’un pain il naît un homme" (Buffon)

 

Un nom peut surprendre à côté de celui de Jules RIEFFEL le nom de Monsieur Charles HAENTJENS. Ce dernier, armateur à Nantes, intervient au titre de propriétaire du Domaine de GrandJouan puis, comme associé de Jules RIEFFEL pour l’exploitation de ce domaine ; mais dès 1831, Mr HAENTJENS vendra le domaine à la société qu’il avait créée avec Jules RIEFFEL et quelques autres personnalités nantaises (dont Mr DUCOUDRAY -BOURGAULT qui devait devenir le beau-père de Jules RIEFFEL) et son nom disparaitra de l’histoire de Grand-Jouan.

 

Cette société avait l’article 1er suivant : 

"Cette association a pour objet de fonder sur le domaine de Grand-Jouan, en la commune et près du bourg de NOZAY (Loire Infénieure) un établissement agricole exemplaire, semblable à ceux existants à ROVILLE, à GRIGNON et au VERNEUIL. Cet établissement devra également contenir un Institut d’Agriculture et une fabrique d’instruments aratoires perfectionnés".



L’Ecole qui porte aujourd’hui le nom d’Ecole Nationale d’Agriculture de Grand-Jouan à Rennes est en puissance dans ces quelques lignes. C’est d’elles qu’elle est née, qu’elle a grandi, qu’elle s’est épanouie.

Le manuscrit de cette brochure entièrement écrit de la main de Jules RIEFFEL est entre les mains de ses descendants.

Il y consacre cet hommage à son maître Mathieu de DOMBASLE "La fondation de la ferme exemplaire de Roville formera une époque remarquable dans l’histoire de l’Agriculture Française, peut-être dans l’histoire générale de la civilisation de la France, à cause du mouvement imprimé depuis cette époque à cette grande industrie et des résultats immenses qui devront en découler pour les habitants des campagnes. Ainsi, nous verrons, peu à peu, les mauvaises terres améliorées, les landes défrichées et des cantons déserts, aujourd’hui, demain se peupler de vivants",

Paroles prophétiques et émouvantes qui se réaliseront sur les landes mêmes de Grand-Jouan, sous la direction experte de leur auteur. Ce prophète avait 25 ans.

En 1833, sur une intervention du département, il sera créé une école primaire d’agriculture pour enfants orphelins ou de familles pauvres, qui constituera la première ferme-école de France, inspirée d’une création analogue, en Suisse par Fellemberg. Cette création sera un des principaux titres de Jules RIEFFEL à la reconnaissance des classes paysannes. En 1842, l’Institut est créé, avec 16 élèves cette première année ; et ce n’est qu’en 1848 que l’Institut Agricole est transformé en Ecole Régionale d’Agriculture et en Etablissement d’Etat.

Jules RIEFFEL prendra sa retraite en 1880. C’est donc pendant 50 ans qu’il restera le Directeur et le Maître de l’Ecole de Grand Jouan. Pendant ces cinquante années la vie de l’Ecole et la vie de son fondateur resteront liées "pour le bon et pour le pire" comme disent les anglais.

Les chapitres suivants seront consacrés aux activités de l’établissement qui, sous la direction de l’esprit novateur de son maître donneront un essor nouveau aux cultures de la région et permettront à la population une heureuse évolution vers des résultats plus rémunérateurs et, en conséquence, un bien-être plus grand.

 

TROISIEME PARTIE :
MARIAGE DE JULES RIEFFEL

Bien que d’ordre privé, il semble qu’il doit être consacré quelques courtes lignes au mariage de Jules RIEFFEL. D’origine alsacienne, et totalement étranger à la Bretagne, cette entrée, par son mariage, dans une vieille famille d’armateurs nantais n’aura pas été sans incidences sur le cours de sa VIe.

Le premier décembre 1831, il épouse à Nantes Mademoiselle Henriette DUCOUDRAY-BOURGAULT, fille de Henri Guillaume DUCOUDRAY-BOURGAULT, négociant à Nantes et de dame Marie Françoise de TOLLENART.

Guillaume Henri DUCOUDRAY -BOURGAULT , né à Nantes le 16 mai 1777 devait y décéder le 16 mai 1854 à l’âge de 77 ans.

Deux articles nécrologiques, parus à l’époque de son décès, dans le "Courrier de Nantes" et "L’Union ,Bretonne" lui consacrent des lignes des plus élogieuses. Il fut Président du Tribunal de Commerce de Nantes pendant 25 années, membre du Conseil Municipal de cette ville et Conseiller Général de la Loire Inférieure. Il fut l’un des fondateurs de la banque de Nantes, du Comptoir d’Escompte et de la Caisse d’Epargne dans cette ville,

En 1830, aux heures troubles que la France vécut à cette époque, étant Président de la Chambre de Commerce, il constitua une commission municipale chargée de l’administration de la ville, il en fut nommé président et préserva Nantes de l’anarchie. Quand l’ordre fut rétabli, il fut délégué par la ville de Nantes pour porter au lieutenant-général du royaume à Paris les félicitations de la ville. La légion d’honneur lui fut décernée en récompense de ses services.

On peut penser que Jules RIEFFEL trouva auprès de cet homme, qui fut, à son époque, un des plus éminents citoyens de la ville de Nantes, un précieux appui et de judicieux conseils. Par ailleurs, Mr DUCOUDRAY -BOURGAULT, avait eu quatre filles : l’une épousa Mr BILLAULT qui fut, sous le second Empire, successivement Président du Corps Législatif, puis Ministre de l’Intérieur et, enfin, Minstre d’Etat. Son beau frère, Jules RIEFFEL, bénéficia, on ne peut en douter, de son appui auprès du gouvenement de l’empereur Napoléon III. Une autre fille épousa Edouard de Mars dont la fille épousa Emile Antoine de Grandmaison. Edouard de Mars habitait l’Angle. En conclusion de ces quelques lignes, réalisons que Jules RIEFFEL, arrivé en étranger d’Alsace, après s’être imposé en dépit de sa grande jeunesse par sa profonde intelligence, sa culture, sa passion pour le progrès agricole, trouva dans la famille de sa femme des appuis moraux et matériels dont il avait certainement besoin, et qui l’aidèrent dans l’établissement de ses projets et de ses efforts.

 

QUATRIEME PARTIE:
TRAVAUX DE JULES RIEFFEL A L’ECOLE DE GRAND-JOUAN de 1830 à 1880

Cette étude sur Jules RIEFFEL ne devant être qu’un cours résumé de sa vie et de ses oeuvres, et non une biographie détaillée, les différentes étapes de l’Ecole d’Agriculture de Grand-Jouan et les activités de son fondateur seront donc rapidement évoquées et énumérées.

DEFRICHEMENT

Nous savons, déjà, que ce jeune agronome va se transformer en défricheur. Il abordera l’agriculture par sa base mère : le défrichement des landes incultes. Sur le domaine de Grand Jouan c’est cinq cent hectares qui vont être mis en valeur, mais cet apôtre fait école et, en vingt années, de 1832 à 1852, la Bretagne verra défricher 100000 hectares de landes.

Jules RIEFFEL, pour ce travail a apporté avec lui l’instrument du défrichement la charrue créée par son Maître Mathieu de DOMBASLE, charrue qui substitue la charrue à socle plat à la charrue à socle rond en fer de lance, impropre au défrichement. Il apprendra lui même au paysan de la région à s’en servir ; il se fera laboureur.

ENGRAIS

Le premier problème qui se pose à un défricheur, c’est l’amélioration du sol par l’apport d’engrais. Jules RIEFFEL pense d’abord à pratiquer l’écobinage qui consiste à brûler les herbes et à en répandre la cendre sur le sol. Mais cette méthode s’avère vite insuffisante ; c’est alors que le maître commencera une campagne qu’il ne cessera jamais et qu’il prêchera inlassablement : l’utilisation des engrais d’une manière généreuse.

CULTURE

Le second problème sera d’adopter des cultures à cette terre vierge et pauvre. Là, aussi, Jules RIEFFEL se fera apôtre ; il a importé la charrue de DOMBASLE pour labourer ces terres ; il importera des cultures nouvelles, du moins pour cette région, pour les faire fructifier ; il implantera le rutabaga, précieuse racine pour la nourriture des animaux en hiver ; le chou qui rendra les mêmes services ; il prônera le topinambour, tubercule rustique et prolifique propre à la consommation de tous les animaux, voire des hommes ; et, enfin, la culture du sarrasin également utile à l’homme et à l’animal ; on lui devra la galette de blé noir, complément apprécié et économique du pain de blé blanc et dont la mouture servira pour les animaux.

METAYAGE

Le sol défriché, cultivé, va s’enrichir de colons et le métayage va naître. Jules RIEFFEL ; après quelques années d’observations ; écrira et publiera : "Le manuel des propriétaires de Métairies" précieux ouvrage qui a rendu dans ce domaine de grands services jusqu’à nos jours. Il y dira du métayage : "C’est une transition nécessaire par laquelle doivent passer les peuples pour arriver à la plus grande perfection culturale de la civilisation moderne : le fermage".

FERMAGE

Vue précieuse de ce précurseur épris du bien des classes paysannes : dès le début, il entrevoit l’évolution du métayage vers le fermage ; il ne considèrent le métayage que comme une étape vers une plus grande indépendance du paysan. Il ira là, sans doute, à l’encontre de l’esprit de bien des propriétaires attachés à leurs privilèges, mais il aura prévu et désiré l’évolution qui s’est réalisée à la fin de la guerre 1939-1945 et qui a vu voter la grande loi du fermage et l’abolition du métayage.

ASSOCIATION BRETONNE

En 1843, Jules RIEFFEL, désireux de grouper tous ceux qui en Bretagne peuvent être intéressés par les progrès de l’agriculture fondera l’Association Bretonne qui réunira une grosse majorité de tous les propriétaires bretons. La première assemblée de cette association se tiendra à Vannes les 3 et 4 mai 1843 et décidera d’y tenir un premier congrès le 20 septembre de la même année. Jules RIEFFEL y aura comme premiers associés-directeurs : Messieurs DUCHATELIER et KERARMEL.

L’association Bretonne aura pour but, ainsi que le définissent ses statuts :

1° - Hâter le développement des progrès agricoles de la Bretagne et former un centre d’études et de relations. 2° - Elle tiendra un congrès agricole tous les ans, congrès qui aura lieu, successivement, dans les villes principales des cinq départements bretons.

Créée, au début, dans des vues purement agricoles, l’Association Bretonne verra s’adjoindre, dès la deuxième année, une section d’histoire et d’archéologie dont les études, publiées dans les bulletins annuels, reprèsentent aujourd’hui après 117 ans d’existence, une riche mine de documents historiques et archéologiques pour la Bretagne et les bretons.

L’Association Bretonne fut fondée sur le type des Comices Agricoles de Seine-et-Marne et de Seine-&-Ôise, les deux premières sociétés qui aient organisées, en France, des concours agricoles annuels avec exhibitions d’animaux et d’instruments. Elle viendra donc s’inscrire parmi ces pionniers des grandes foires agricoles et commerciales qui ont atteint, de nos jours, un magnifique développement et on peut dire que, là aussi, Jules RIEFFEL fut un précurseur.

FONDATION DU COMICE AGRICOLE DE NOZAY-DERVAL

En 1842, un an avant la fondation de l’Association Bretonne, qui aura infiniment plus d’ampleur, Jules RIEFFEL créa le premier comice agricole de NOZAY -DERVAL, réunissant, ainsi, les deux chefs-lieux de canton les plus importants de cette région. Il en fut le Président pendant plus de 40 ans.

C’est, comme on peut le voir, avec un zèle inlassable que Jules RIEFFEL créera des organismes destinés à apporter aux habitants des campagnes des connaissances nouvelles, à créer ,chez eux, une émulation profitable par des distributions de prix et à encourager, ainsi, le progrès dans le travail.

CONCLUSION

Il est impossible, dans ce schéma rapide de la vie de Jules RIEFFEL de décrire, par le détail, la vie de l’Ecole de GRAND-JOUAN pendant les 50 années dont il fut le directeur.

Nous avons vu dans quelles conditions il l’a fondée et créée, par quels secrets du hasard, cet alsacien s’est fait breton et à fait pour la Bretagne, au point de vue agricole, plus qu’aucun breton. Nous avons énuméré les méthodes de culture qu’il a prônées, les vues généreuses qui l’ont animé, et pour conclure cette partie concernant l’agriculture, nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ses propres paroles dans le dernier discours qu’il a prononcé, au soir de sa vie, lors des tètes qui furent organisées à l’Ecole de Grand-Jouan pour la célébration de son cinquantenaire, le 4 juillet 1880. Il avait alors 74 ans.

Il résumait, ainsi, les résultats obtenus du point de vue de l’enseignement donné dans les deux écoles qu’il avait Créées : la ferme-Ecole et l’Ecole Nationale.

"La ferme-école a formé 467 apprentis ; l’Ecole Nationale a vu passer sur ses bancs 570 élèves. Les deux écoles ont donc donné, à ce jour, l’instruction agricole à un total de 1037 jeunes gens, instruction qui leur a été utile dans toutes les phases de leur existence. A leur tour, ils auront répandu cette instruction soit par l’enseignement soit par leurs relations".

"Lorsqu’on examine l’état de notre civilisation, ses besoins, sa production et sa consommation, on arrive toujours à savoir que, dans l’intérêt de l’humanité, nous ne produisons pas assez de denrées de consommation. Il faut donc apprendre à produire et former des agriculteurs-producteurs en nombre immense. Il n’y en aura jamais assez pour le bien général".

Ces considérations, si pleines de phylosophie sociale, peuvent être regardées comme le testament moral de Jules RIEFFEL. Il ne perdra jamais de vue l’intérêt général. Que son mot d’ordre demeure, et nous le passons aux générations nouvelles : former des agriculteurs-producteurs en nombre Immense.

 

CINQUIEME PARTIE:
ETAPES DE LA VIE PERSONNELLE DE JULE RIEFFEL

Nous avons vu, dans les pages qui précèdent, Jules RIEFFEL dans le seul cadre de cette école d’Agriculture qu’il avait fondée ; il est bon et juste de voir la place qu’il a tenue en dehors de ce cadre dans le monde de la science agronomique et dans sa vie de citoyen. Nous suivrons, en cela, un ordre chronologique : En 1836, en reconnaissance des services qu’il a rendus par l’oeuvre de défrichement entreprise, non seulement dans le département, mais, aussi, dans la France entière, il est nommé chevalier de la légion d’honneur . En 1841, il entre au Conseil Supérieur de l’Agriculture et fait partie de la Commission qui préparera la loi sur l’enseignement agricole. C’est en vertu de cette loi, promulguée le 3 octobre 1848, que l’Institut de Grand-Jouan a été élevé au rang d’Ecole Nationale.

En 1863, il est promu officier de la légion d’honneur. Il sera maire de NOZAY pendant 10 ans, et fera partie de son conseil municipal pendant 30 ans.

Enfin, comme publisciste, il publiera son "AGRICULTURE DE L’OUEST", revue trimestrielle, consacrée aux études sur des questions agricoles et dont le premier numéro paraîtra en juillet 1839 ; il en sera un des principaux collaborateurs. Cet ouvrage comprend 6 volumes reliés qui s’étendront de 1839 à 1847. Dans le cadre des congrès de l’Association Bretonne dont il fut, de longues années, le Directeur Général, il donnera, sous forme de discours inauguraux de larges apperçus de la vie agricole de l’époque. Il sera membre des principales sociétés savantes en France et, aussi, à l’étranger. Et quand il mourra, en décembre 1886, la France entière lui consacrera des articles nécrologiques des plus élogieux. Elle perdait en lui un de ses plus savants agronomes et un homme de bien.

Dans un geste de pieuse vénération, celui qui fut son fidèle et dévoué secrétaire pendant plus de 20 ans : Monsieur MASSABIAU, avait recueilli les notes parues à l’époque du décès de son maître dans toute la presse.

Il est adressé, ici, à sa mémoire un sentiment de reconnaissance émue.

Qu’ont pensé, de Jules RIEFFEL, ses contemporains ?

Voici, glanés dans les différents hommages qui ont été adressés à sa mémoire les passages qui nous ont paru rendre le mieux cet homme que nous vénérons, nous-mêmes profondément.

De Mr Henry SAGNIER - rédacteur en chef (à l’époque) du "Journal de l’Agriculture" : parlant de Jules RIEFFEL, lors de l’inauguration du buste élevé à sa mémoire le 3 juillet 1887 il dira :

" C’est sur le caractère de Rieffel comme écrivain que je me permettrai d’insister : il possédait les vraies qualités de l’écrivain agricole : la simplicité et la clarté du style ; qualités maîtresses quand on parle des choses de la terre. Il s’est ; en quelques sortes, peint lui-même dans l’introduction qu’il donna à la réunion des oeuvres de Jacques Bujault : " vous pouvez trouver, ailleurs, disait Rieffel, des phrases plus ou moins arrondies et élégantes mais quant vous arrivez à la fin de la période vous êtes tout étonné de n’avoir rien appris : c’est creux comme un globe de métal poli. Le praticien, au contraire, se décèle par un mot profond qu’il n’a pas cherché, qui lui est venu, naturellement, parce que c’était le mot propre ; il fait image". Henry SAGNIER ajoutait à cette réminiscence "Rieffel avait l’écriture droite et nette, comme il marchait avec aisance. et sans faiblir, jusque dans sa dernière vieillesse ; la clarté de son style reflétait la limpidité de sa pensée".

De Monsieur HUON de PENANSTER, parlant le même jour au nom de l’Association Bretonne :"Celui dont nous rappelons, ici, le souvenir n’était pas l’homme des grandes phrases, bien qu’il sut écrire et parler mieux que beaucoup d’autres, mais la nature même de son esprit ; l’éloignait des vaines discussions et pour caractériser cette nature énergique et franche, je dirai que Mr RIEFFEL qu’il avait la passion du but et y tendait avec une clarté et un laconisme incomparables. RIEFFEL ne discutait guère ; toutes opinions ou toutes paroles oiseuses lui semblaient sans valeur, mais telle était la puissance de sa logique et de la confiance qu’il inspirait que lorsqu’il avait parlé on ne discutait plus. C’était un maître dans l’exception la plus exacte et la plus élevée du tenne".

Et voici non pas l’hommage d’un contemporain mais celui d’un successeur de Jules RIEFFEL : Mr LE ROUZIC, Directeur de l’Ecole Nationale d’Agriculture de Grand-Jouan Rennes, lors des tètes du centenaire de l’Ecole et de la translation du monument de Jules RIEFFEL de Grand-Jouan à Rennes le 13 juillet 1930. Parlant du fondateur, Mr le Rouzic dit : "11 a été pénétré de l’idée que l’enseignement de l’agriculture ne doit pas se limiter à une élite mais, également, intéresser le petit paysan souvent illétré, se mettre à sa portée, descendre, d’abord, à son faible niveau intellectuel pour l’instruire, le grandir, en l’élevant peu à peu vers le progrès. "Pour cela il fallait une école spéciale et Rieffel obtient en 1833 une subvention du Conseil Général de la Loire Inférieure et il fonde la première fenne-école de l’ Agriculture".

Plus loin, Mr Le ROUZIC dira encore :"Cet homme a dépassé son époque et légué à l’Agriculture Française un patrimoine dont elle s’ennorgueillit encore aujourd’hui".

Ces quelques extraits sont peu de chose en égard à tou ce qui a été dit ou écrit sur Jules RIEFFEL. Ces éloges sont, peut-être, les moins ronflants, les moins sonores, mais il nous a semblé que c’était ceux qui reflétaient, le mieux, l’âme du maître et, aussi, son coeur car c’est bien avec son coeur d’homme qu’il s’est penché sur la misère du paysan et qu’il a désiré améliorer son sort. Sa vie fut un apostolat et la vie d’un philanthrope.

 

SIXIEME PARTIE:
MORT DE JULES RIEFFEL

C’est en 1881 que Jules RIEFFEL prendra sa retraite. Il devait mourir le 1er décembre 1886, entouré de sa fille et de son gendre : Madame et Monsieur Christian LEMBEZA T, de leurs enfants et petits enfants, dans cette demeure de RIEFFELLAND qu’il avait fait élever au centre du domaine qu’il possédait. Il repose dans la chapelle de LIMERDIN, élevée, elle aussi, dans la propriété à moins d’un kilomètre de RIEFFELLAND.

Les habitants de NOZAY qui l’ont connu, quand ils parlent encore de lui disent :"ce bon Monsieur RIEFFEL. C’est sous ce vocable, qu’il est entré dans son éternité et c’est sur cet hommage populaire, le plus émouvant des hommages, que nous tennineront ces lignes.

 

Auteur de cette note : Mme de Gorostarzu, moulin d’YRIEU", LABENNE (LANDES) MAI 1957


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