Pour bien comprendre la création de l’association Asphan en 1979, il faut remonter le temps : 100 ans plus tôt, vers 1870...
En 1870...
La nouvelle église de Nozay est alors tout juste terminée et les cérémonies religieuses s’y déroulent désormais.
Se pose la question du devenir de la vénérable église, située dans l’ancien bourg paroissial. Que faire ?
Dans les années immédiates, le clocher est détruit. L’idée d’un hôpital dans le lieu est envisagée puis abandonnée.
Alors le monument, devenu bâtiment civil, est dévolu à être : des entrepôts, des ateliers ou des remises. A ces fins, les murs sud de la nef et du transept sud sont éventrés, largement ouverts
pour permettre la mise en place de plusieurs portails. Les pierres de ces murs servent à construire à l’intérieur de l’église des séparations, créant ainsi plusieurs locaux. Ces séparations
font 12 mètres de haut, 8 à 9 mètres de large et 1 mètre d’épaisseur ! Des greniers apparaissent aussi dans les hauteurs de l’édifice.
L’étable du Maire
Vers 1900, les deux parties les plus à l’est -l’ancien chevet et les transepts- appartiennent au maire de Nozay de l’époque. Dans les transepts, il y gare ses calèches et dans le chœur, son
fermier (la ferme est tout proche) y a installé une étable à vaches !
Les années passent. Vers 1970, les descendants de l’ancien maire vendent cette ancienne étable très délabrée ainsi que la remise à calèches à un certain monsieur Martin.
Vers 1975, la toiture, très vétuste, perd ses ardoises. Serge Martin prend peur car l’endroit, près du cimetière, est très fréquenté. Il cherche à se débarrasser de ce bien. L’idée de le raser
pour en faire un parking est avancée dans la commune !
Église Saint Pierre aux Liens de Nozay (44)
Chevet* en ruine (vers 1980)
*Le chevet est l'extrémité du chœur des édifices religieux ayant un plan en croix latine. On l'appelle ainsi car c'est à cet endroit, orienté vers l'est, que le Christ crucifié aurait posé sa tête.
Église Saint Pierre aux Liens de Nozay (44)
Chevet* en ruine (vers 1980)
Voute étoilée
L’étincelle chez un tout jeune homme
L'étincelle vient d'un tout jeune homme d’un peu plus de 15 ans, Eric Provost, féru de patrimoine, plein d’enthousiasme et doté d’un brin de folie. Il va persuader sa famille - dont son
grand-père, Paul Bouteiller - ses jeunes amis et leurs familles mais également des commerçants et des habitués de la MJC (la Mano actuellement) de soutenir un projet de sauvegarde de l’ancienne
église dans son ensemble. L'idée est de commencer par l'acheter et de protéger l’ancien chœur et les transepts.
1978, la naissance de l'ASPHAN
C’est au sein de la MJC que se tiennent les premières réunions. En 1978, lors d'une assemblée générale est créée l'association appelée ASPHAN pour Association de Sauvegarde du Patrimoine
Artistique et Historique de Nozay.
En fin d’année 1979, l’association est officiellement reconnue par la sous-préfecture.
Le premier président en est, bien sûr, Eric. Le trésorier, c'est son grand-père Paul Bouteiller et la secrétaire n'est autre que Véronique Provost, sa cousine. L’Asphan devient vite un
acronyme, un nom à part entière : On va à "l’Asphan" ou "l’Asphan" nous coûte cher !
Les premiers propriétaires pour 5 000 francs
Le 24 décembre 1979, les membres du Conseil d'administration et quelques adhérents achètent pour 5 000 francs (2 500 euros actuels) "le tout" à Serge Martin. Chacun a donné 200
francs.
Les quelques personnes toujours en vie aujourd'hui -ou les descendants des autres- sont donc toujours propriétaires d’une partie de l’église.
Le maire de l’époque, Jean Guyon et son équipe jouent le jeu. La mairie met, très vite, à la disposition de l’association, des employés communaux voir des camions.
Mais, ce sont les bénévoles qui, l’année suivante, démontent la première séparation intérieure, entre le chœur et les transepts, découvrant ainsi, déjà un beau volume d’un ensemble, hélas très,
très vétuste, voir en grand péril...
Deux découvertes incroyables !
Deux très grands moments marquent cette période : la réapparition de la grande piscine en pierre et en tuffeau et, surtout, celle des peintures murales du transept nord, redevenues visibles sous
le badigeon de plâtre devenu transparent par l’humidité excessive du lieu.
Ce sont ces peintures murales qui ont accélérées le classement comme Monument Historique de l’église.
Article d'Yvan TEFFO
( la suite au prochain épisode)
