Série “Les Mystères de la vieille église” – Épisode 5

La maison de l’ASPHAN garde dans sa grande pièce, celle qui sert aux veillées et à certains spectacles, un carrelage de vieilles tomettes de terre cuite. 


                                                                                                      [photos ci-dessus] Le chantier "tomettes" de la grande pièce de la maison de l'ASPHAN

Le prieuré Saint-Saturnin subsiste partiellement
derrière l’actuelle maison paroissiale de Nozay (photo)
sous une forme remaniée du XVIIᵉ siècle.

La provenance : l'ancien prieuré Saint Saturnin
La maison de l’Asphan n’a guère plus de 150 ans et les tomettes, elles, sont vieilles de 400 ans !
Bigre ! Mais d’où viennent-elles ?
C’est, quelques années avant l’An 2000, que le maire de l’époque, Christian de Grandmaison, permet à l’ASPHAN de récupérer des tomettes du carrelage, en très mauvais état, de l’étage de l’ancien prieuré Saint Saturnin. Celui-ci est désormais un simple entrepôt en arrière de la maison paroissiale de Nozay.

Mais, au début du 17ème siècle, il appartenait à François Le Métel de Boisrobert, souvent appelé « Le Bois » tout court.

 


François Le Métel De Boisrobert
C’est le pape Urbain VII, qui lors du passage à Rome de De Boisrobert, lui donna ce prieuré à Nozay.
Mais qui était ce « prieur » ?
Protestant, il est devenu, en 1623, catholique, plus par calcul que par conviction !
On le retrouva dramaturge, poète, chanoine, prieur, voir secrétaire et avec bien d’autres emplois.
Il portait fièrement son titre de prieur de Nozay où, cependant, il ne dû jamais mettre les pieds.
Il gagna même les bénéfices d’une abbaye et pourtant  il fut l’un des plus grands fêtards de l’époque, organisa des soirées très privées où l’on retrouvait les plus connues des gourgandines de Paris. Ce qui mit le roi Louis XIII souvent en colère...
Après des périodes d’oubli, Le Métel se retrouvait cependant de nouveau en grâce.

Bas-relief représentant Boisrobert sur la façade de l’hôtel Malherbe à Caen. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Le_Métel_de_Boisrobert


Pourquoi ce traitement de faveur ?

 

Le favori du cardinal De Richelieu

C'est tout simple...

De Boisrobert était le favori du Cardinal de Richelieu, son secrétaire, son oreille auprès des grands, son bouffon. Le seul qui le faisait rire et éloignait, ainsi du ministre, la dépression que celui-ci avait de façon chronique !

Même le médecin de Richelieu lui recommandait plus que les drogues et les potions, la présence de Le Bois.

 

 

A l'origine de la création de l’Académie Française
Il ne faut pas se tromper, le prieur de Nozay n’avait pas que des occupations futiles. Il fut, et cela pendant plus de 20 ans, un secrétaire d’État aux Affaires Culturelles de façon officieuse certes mais réelle. Et à ce titre, il participa très activement à la création de l’Académie Française.

Il l’a constitua et fut l’un des premiers académiciens !

Voilà pourquoi, quand vous entrez dans la grande pièce de l’Asphan, il y a de fortes chances pour que vous marchiez sans le savoir sur les tomettes de celui à qui l'on doit, en partie, la vénérable assemblée des Immortels !

 

Texte Yvan TEFFO