L’arrivée de l’électricité à Treffieux (1 926-27)

 Ce que nous raconte dans son article le correspondant du journal  « L’express du Dimanche » du 2 janvier 1927, ressemble presque à un conte de fée.

 


FIAT LUX* - Grâce à l’activité et à la diligence de son jeune et sympathique maire*, Treffieux a depuis quelques jours l’avantage de posséder l’électricité et comme lumière et comme énergie.
Le soir à l’heure où toute chose commence à se noyer d’ombre, un homme vient qui, fiat lux ! d’un simple geste et sans effort, allume tous à la fois les globes lumineux semés de distance en distance dans les rues de notre bourgade, hier encore l’obscurité de ces rues rappelait celles des villes du moyen-âge que les hommes du guet parcouraient à la lueur des torches. Et voilà que franchissent plusieurs siècles  dans l’espace d’une journée, Treffieux la nuit s’est vu favorisé de la profusion de clarté des villes ultra-modernes, tandis que les habitants laissent s’échapper au dehors les flots d’une lumière sans pareille, révélant parfois, presque avec indiscrétion, le va-et-vient les faits et gestes des hôtes du logis.   
   Et nous sommes tous ravis de jouir de cette clarté victorieuse traquant l’ombre jusqu’en ses moindres recoins et lui infligeant une déroute complète.
    Mais nul ne fut plus heureux que notre vénérable Mr le Curé dont la joie nous émut.
    Un soir, après l’angélus, toutes les cloches sonnent à toute volée, les habitants des villages surpris, consultèrent leur calendrier pour connaître la grande solennité du lendemain ? et n’y trouvant que la fête d’un vulgaire saint, si un saint pouvait être vulgaire,  ils restèrent perplexes.
Cette énigme leur fut heureusement révélée le lendemain matin par Mr le Curé lui-même qui, pour donner à ses paroissiens une idée de l’éblouissante clarté rendue par l’électricité, leur avait allumé les trois lustres de la nef artistement composés et les cinq luxueuses lampes du chœur. Aussi, monté en chaire, il ne put trouvé de mots assez élogieux pour témoigner sa reconnaissance à l’égard des bienfaiteurs et des ouvriers qui contribuèrent à orner encore de cette ultime nouveauté son église déjà si belle et si propette.
    Remercions Dieu de cette puissance mystérieuse, qu’il permet à l’homme de capter, de dompter et de domestiquer pour toutes espèces d’usages .
    Puissance lumière  puissance motrice, que ne fait-on pas avec l’électricité ? : elle guérit les rhumatisants, redonne du sang aux anémiés, fait maigrir les gros et grossir les maigres.
Ainsi nous n’avons pas que la lumière électrique à Treffieux : le boulanger pétrit son pain et chauffe son four à l’électricité, notre menuisier débite ses planches, les rabote et façonne ses meubles à l’électricité, notre boucher abat sa marchandise à l’électricité et comme nous écrivons ces lignes, on nous apprend qu’il se chuchote que bientôt il fabriquera ses boudins et ses saucisses avec l’électricité .
                                   Vive donc le progrès et surtout vive l’électricité. 
                              
                                                          
* Fiat lux est une locution latine qui veut dire « que la lumière soit » .
* En 1926 le maire était Théodore Gardé âgé de 35 ans .  
                                                         


  Ci-dessous : trois petites parties de l’immense œuvre de 600 m2 du peintre Raoul Dufy réalisée pour l’exposition universelle de Paris en 1937 et qui s’intitule  la Fée Électricité  commandée par « La compagnie parisienne de distribution de l’électricié » ( l’ancêtre d’EDF ) pour mettre en valeur le rôle de l’électricité dans la vie nationale et dégager son rôle social.       

  Sources : ad44 presse – Google Internet.
                                                                                                                         Daniel Nouvel        octobre 2025