JOSEPH BERTIN FUSILLE POUR L’EXEMPLE


 

Le site « Mémoire des hommes » permet de consulter les dossiers de procédure ainsi que les minutes des 1009 fusillés pour l’exemple connus de l’armée française. Joseph Bertin, Nozéen, est l’un d’entre eux. Pourquoi a-t-il été fusillé ? La lecture de son dossier permet de mieux comprendre ce qui s’est passé en cette fin de mai 1916 à ces questions

 

Contexte militaire :

L’État-major allemand décide d’attaquer à Verdun le 21 février 1916 pour « saigner » l’armée française. Cette offensive qui doit être courte dure trois cents jours et coûte la vie à trois cent mille hommes. Les Français n’ont pas d’autre choix que de tenir cette zone pour éviter une catastrophe militaire, politique et morale. Verdun ne peut pas être perdu.

 

Le 64e régiment d’infanterie qui a combattu en Champagne de septembre à novembre 1915 est réorganisé et envoyé à Verdun fin mai, début juin 1916. Près de 2700 hommes de ce régiment ont été mis hors de combat pendant l’année 1915.

           

Le soldat Bertin qui appartient à ce régiment, a obtenu un certificat de bonne conduite pour la période militaire du 9 octobre 1911 au 15 octobre 1913 passée en Algérie et au Maroc. Il est au front depuis le 3 août1914, passé première classe le 4 février 1915 puis caporal le 7 octobre de la même année. C’est un célibataire âgé de 25 ans en 1916.

 

A)              Les faits : nuit du 26 au 27 mai 1916

 

Dans la nuit du 26 au 27 mai 1916, le 3e bataillon du 64e d’infanterie cantonné à Fagnères se met en marche pour prendre le train à St-Hilaire au Temple (15 km environ). Direction Verdun.

 

À 1500 mètres de Fagnères, entre le pont de chemin de fer et celui de la Marne, un coup de feu est tiré venant de la première ou deuxième section de la deuxième compagnie. Il est suivi de plusieurs autres à différents moments de la marche.

Les officiers (Pasquier, Noury et Gautier), trouvent les soldats Trique, Picaud Juin, Henaff, Bertin et Bernard marchant ensemble alors que cela n’aurait pas dû être, vu leur affectation. Ceux-ci les insultent puis quittent le rang et enfin se retrouvent en fin de colonne où de nouveau des coups de feu se font entendre.

À St-Hilaire, Trique, Juin et Bernard qui ont quitté la colonne rejoignent l’embarquement (rapport du commissaire du conseil de guerre au ministre de la guerre en date du 6 juin).

Les six soldats sont incarcérés à la prison de Ste-Ménéhoulde le 29 mai et sont accusés d’abandon de poste. Le journal de marche du 64e régiment indique à la soirée du 27 mai, 9 soldats manquants à 20 heures.

 

Commentaires du lieutenant-colonel Ducongé le 30 mai 1916 (Archives nationales)

 

 

Le même colonel fait fusiller sans procès le 1er juin1916 les soldats Le Pahun et Schlosser. Le courrier du colonel Ducongé est renseigné par le général de division qui préconise le conseil de guerre pour provocation à l’indiscipline ou outrages par paroles, etc. Les six soldats se retrouvent inculpés de révolte sous les armes en réunion et refus d’obéissance.

Procès et sentence

 

 Les audiences des témoins et des accusés se déroulent du 2 au 4 juin aussi bien dans la journée que la nuit. À noter que tous les témoins entendus sont des gradés qui en majorité confirment les faits. Seul, le sergent Pineau dit qu’en gros il n’a rien vu. La demande de témoins en faveur des accusés n’est pas suivie d’effet car le tribunal explique qu’ils sont au front.

 

Le 3 juin, un caporal est nommé d’office avocat de la défense. Aucune des pièces ne rapporte ses interventions.

Le conseil de guerre rend son jugement le 4 juin :

Henaff, Bernard, Juin et Bertin sont condamnés à l’unanimité à la peine de mort.

Picaud et Trique sont condamnés à dix ans de travaux publics pour révolte

Le conseil refuse de signer le recours en grâce présenté par la défense et les condamnés.

 

 

Exécution le 5 juin 1916 de Bertin, Henaff, Juin et Bernard à 6 h 30 du matin au quartier Valmy à Ste-Ménéhoulde.

 

Picaud meurt le 3 novembre 1917 à l’hôpital militaire d’Alger (« entérite dysentériforme et cachexie »).

Trique est libéré en octobre 1920 (remise de peine) de la prison de Douéra (20 km au sud d’Alger)

 

 

Joseph Bertin et ses compagnons ont payé de leur vie un moment de détresse qui exprime leur angoisse et leur peur d’aller à Verdun. Les autorités militaires, dans ce cas, les ont traités comme des « fortes têtes » qu’il fallait mater et punir pour éviter que leur exemple ne contamine le reste des troupes.



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